WB00659_.gif (817 octets)

La Grotte d'Orhy :

Un berger vit un jour dans la grotte d'orhy (64) une dame se coiffant avec un peigne d'or et qui lui dit : « Si le jour de la Saint-Jean tu me sors de cette grotte sur ton dos, je te donnerai toutes les richesses que tu désireras. Mais quoi que tu puisses voir sur ton chemin, tu ne devras pas avoir peur. » Le jour de la Saint-Jean venu, le berger prit la dame sur son dos et se prépara à l'enlever de la grotte. Mais il aperçut tout à coup sur sa route toutes sortes de bêtes sauvages, et un dragon qui crachait des flammes l'épouvanta tellement qu'il abandonna là son fardeau et s'enfuit. La dame jeta un cri terrible : « Maudit soit mon sort, je suis condamnée à vivre encore mille ans dans cette grotte. »

J-F. Cerquand


Las Tres Sorores :

Une antique légende du haut Aragon évoque trois jeunes soeurs inséparables, très belles, issues d'un peuple de guerriers et de bergers, vivant heureuses dans leur écrin montagneux : une vallée étroite dans sa partie basse, aux vertes prairies surmontées de falaises et d'épaisses forêts, puis plus haut, de lacs et de montagnes enveloppées dans la brume. Alors qu'elles gardaient leur troupeau, trois guerriers d'une tribu ennemie surgirent, avec l'intention de les enlever de force.
Habiles dans le maniement des poignards, les trois bergères se défendirent avec un tel acharnement que les agresseurs ne purent les atteindre qu'avec leurs lances, transperçant leurs corps jusqu'à ce que la vie les abandonnât. Pris de panique et horrifiés par leur forfait, les attaquants s'enfuirent. Le lendemain, le père, fou de douleur, ne trouva nulle trace de ses filles. Mais, à la stupéfaction de tous, sur les hauteurs de la vallée, avaient surgi trois montagnes, couvertes de neiges éternelles, qui prirent à jamais le nom des Tres Sorores : Cylindre du Marboré (3328 m), Mont Perdu (3355 m) et Soum de Ramond (3254 m).

S. Teixeiro


La Main du Diable :

La légende de la Maladeta assure que le massif, autrefois verdoyant, fut transformé en désert de rochers et de glace par une main mystérieuse qui entendait punir ainsi les bergers qui refusèrent un jour un peu de pain à un pauvre hère. Un mythe commun à beaucoup de montagnes, mais qui scelle une réputation quand le destin s'en mèle. En 1824, lorsque le guide Pierrine Barrau, qui entreprend l'ascension du sommet de la Maladeta, disparaît dans une crevasse. Son corps ne sera pas retrouvé par les sauveteurs : de quoi aviver les superstitions et laisser voir dans ce drame un geste du Malin.

R. de Bellefon


Le Saint Bondissant :

Le jeune Aventin était, en cette fin du VIII ème siècle de notre ère, pâtre au village de Sainte-Marie, en vallée de Larboust (31). Confronté à la domination des Maures et aux tentatives de prosélytisme de l'islam, le jeune chrétien, qui se plaisait à vivre en ermite dans le val d'Astos, prit son bâton d'apôtre et se mit à porter la bonne parole, la sienne et celle de la chrétienté menacée, à travers le haut Comminges. Traqué par les Maures qui avaient, à juste titre, pris ombrage de sa volubilité évangéliste, le jeune Aventin se retrouva acculé, aux environs de la tour de Castel-Blancat, au bord de l'abîme. Sûr de sa bonne étoile, le saint homme en devenir s'élança et retomba, après un bond miraculeux, quelque deux cent mètres plus bas, sur une pierre qui porte depuis la trace de son pied. Après l'avoir rattrapé, ses poursuivants trouvèrent plus sûr de décapiter Aventin. A peine fut-il supplicié que le jeune pâtre, récidiviste par deux fois du délit de fuite devant l'autorité, prît sa tête dans ses mains et s'en fut trépasser à l'endroit précis qui avait vu son atterrissage hors du commun depuis les hauteurs de Castel-Blancat. Inhumé sur place, Aventin tomba dans l'oubli.

Tout en serait resté là sans l'obstination d'un taureau qui, trois siècles plus tard, grattait fiévreusement le sol de son sabot. Rien ni personne ne pouvait empêcher le bovidé d'effectuer quotidiennement, malgré la sévère correction que lui infligeait son gardien, cette sorte de pèlerinage énigmatique. Intrigués, les gens du village de Sainte-Marie, découvrirent, ensevelis à l'endroit que le destin leur indiquait, les restes d'un corps avec la tête détachée du tronc. L'évêque de Saint-Bertrand de Comminges fut alerté, les restes authentifiés : c'était bien ceux du jeune pâtre qui avait défié les Maures et l'avait payé de sa vie. La dépouille, miraculeusement conservée, fut chargée sur un charroi, et les boeufs allèrent d'eux-mêmes jusqu'au village de Sainte-Marie. On décida de la construction d'une église à l'endroit où ils s'étaient arrêtés. C'est depuis ce jour béni du XI ème siècle que Sainte-Marie s'appelle Saint-Aventin, en hommage à l'apostolat de l'un de ses enfants, décapité pour sa foi et sa ferveur.

Ph. Terrancle


Les Petits Génies Gourmands :

Un soir, les laminak (petits génies féminins basques) vinrent à la ferme Kolttaltea au sud-est de Larrau (64), et réclamèrent à manger. La vieille femme qui filait la laine à la lueur du foyer leur prépara des oeufs au jambon. Les laminak revinrent le lendemain et les soirs suivants jusqu'au jour où le jambon vint à manquer. Soucieuse, la femme raconta l'histoire à son mari qui décida de se déguiser et de prendre sa place. Selon leur habitude, les laminak arrivèrent et l'homme leur servit un dernier dîner. Alors qu'elles repartaient, l'une d'elles, intriguée, resta et demanda à l'homme : « tu files bien maladroitement, ce soir ! Comment t'appelles-tu ? » « Nihaurñe (moi-même) », répondit-il et il jeta sur la laminak le contenu de la poêle encore remplie de graisse bouillante. Sévèrement brûlée, elle courut rejoindre ses soeurs. « Mais qui t'a fait ça ? » demandèrent-elles. « Nihaurñe », répondit la laminak. « Alors, dans ce cas, ne viens pas te plaindre ! »

J. Daurel


Mito de las dos Abuelas (Le Mythe des deux grands-mères) :

Les anciens racontaient à la veillée, autour du fogaril, l'âtre aragonais, qu'une terrible épidémie de peste avait jadis anéanti une communauté au pied de la « montagne maudite », sobriquet réservé d'ordinaire à l'Aneto et à la Maladeta. Seules deux vieilles femmes survécurent. Comme elles ne reçurent ni gîte ni soutien dans les hameaux alentour, elles lancèrent une malédiction : les grasses estives de Goriz furent à jamais recouvertes de neige, les troupeaux empêchés d'y paître et les hommes égoïstes privés de moyens de subsistance.

S. Mendieta